Slide L'auteur Emmanuel de Reynal Ubuntu De 5 à 15 ans : mes années Morne-Rouge Portrait créole, publié dans le livre « Créoles tout bonnement » édition idem (mai 2019) dans le cadre de l’association « Tous Créoles ! »
A la mort de mon père, nous avons dû quitter la maison de Saint-Pierre pour nous installer au Morne-Rouge. Privée de ressource, avec 9 enfants à charge, ma mère a dû prendre des dispositions rapides pour assumer la conduite du foyer :
• Mes sœurs aînées se sont mariées rapidement, et mon grand frère a incorporé l’armée.
• Mes frères cadets sont partis en Métropole, l’un à Paris pour étudier la médecine, l’autre à Toulouse dans une famille d’accueil.
• J’ai habité pendant quelques mois chez des amis à Saint-Pierre.
• Ma mère s’est mise en quête d’un emploi, et a enchaîné plusieurs petits boulots.

Elle avait 48 ans et n’avait jamais travaillé de sa vie : après quelques contrats de secrétariat, elle s’est fixée comme comptable au Collège du Morne-Rouge. Elle assurait aussi la surveillance des élèves aux heures de récréation et de cantine, ce qui lui donnait droit à des portions pour nos dîners.
Plus tard, pour financer mes études supérieures, elle s’est mise à vendre des produits d’entretien ménager AMWAY en porte-à-porte, le soir et le week-end. Parfois, les réunions de vente se déroulaient à la maison où je voyais défiler de nombreux inconnus.
Mes camarades de classe sont restés pratiquement les mêmes de la 10ème à la 3ème ; la plupart d’entre eux habitaient les communes du nord et prenaient le car pour rentrer chez eux.
A cette époque nous ne connaissions pas le mot béké. Nous ne regardions pas nos couleurs respectives. Nous étions simplement des enfants qui jouaient ensemble, parfois se chamaillaient et même se battaient. Mais je n’ai pas le souvenir du moindre échange à caractère raciste.
Après l’école, nous nous retrouvions tantôt chez moi tantôt chez ma grand-mère qui nous offrait du gâteau yaourt. Les jours de vacances, j’enfourchais mon vélo et je sillonnais les petites rues de la commune. Il m’arrivait parfois de vendre des tours pour quelques centimes à des enfants de mon âge : « un rond = 5 centimes »
De 1 à 5 ans : mes premiers souvenirs De 16 à 18 ans : mes années lycée