Slide L'auteur Emmanuel de Reynal Ubuntu De 16 à 18 ans : mes années lycée Portrait créole, publié dans le livre « Créoles tout bonnement » édition idem (mai 2019) dans le cadre de l’association « Tous Créoles ! »
J’ai intégré l’internat du lycée Schœlcher, de la 2nde à la terminale. C’était la première fois que je quittais durablement le Morne-Rouge et le giron familial.
Ma chambrée comptait une centaine d’élèves. J’étais le seul blanc, ce qui ne me posait aucun problème. Parfois, j’entendais quelques propos moqueurs – on m’appelait « le requin blanc » - mais je ne me formalisais pas. Au contraire, ça m’amusait.
C’est là que j’ai fais la connaissance d’E, un “négropolitain” qui sera mon meilleur ami pendant 5 ans. Malgré ses qualités, les autres internes le dédaignaient et refusaient son contact. Il n’était pas très à l’aise, et appréciait d’autant plus ma compagnie. Sa mère était africaine et son père martiniquais. Il a vécu toute son enfance à Paris. Il était très cultivé et avait un vrai don pour l’écriture (il deviendra plus tard rédacteur publicitaire dans une grande agence parisienne).

A son contact, j’ai constaté un vrai malaise relationnel entre les noirs de Martinique et ceux venus de France : « mussieu ka bwodé », « missié assimilé »... Heureux hasard : E. habitait au Morne-Rouge. Le week-end, après le lycée nous nous retrouvions à la maison et partions jouer au tennis à Saint-Pierre.
Nous avons décidé ensemble de faire les mêmes études de publicité et de nous inscrire dans la même école parisienne.
De 5 à 15 ans : mes années Morne-Rouge De 18 à 20 ans, mes années Paris